Paris, avril 2017

Paris, 2017

 

Je suis revenu à Paris, tu vois. J’avais

Dit que je ne voulais pas y retourner sans

Toi. Mais tout a tant et trop changé depuis le temps

Où tous les deux on s’aimait et puis c’est tout. Et

 

J’ai erré pour un moment dans les rues vides

Avec partout des images de toi et moi.

Mais qu’on m’en libère. Tu es loin de moi. Quid

De ce que nous avons pu être ? De tout ça,

 

Rien ne compte plus. Je ne te couche plus que

Sur du papier. Je ne t’embrasse plus en me

Disant qu’il faut que je t’écrive des poèmes.

 

Je suis et nous sommes autres maintenant. De toi,

De Paris, de la Défense, de Courbevoie,

Je n’ai plus envie de dire : « Je les aime ».

15 avril 2017


Une passante

 

Alors que je traversais le pont Mirabeau

Le soleil était pâle mais la Seine quand

Même brillait, je croisais une fille allant

Ailleurs que là où j’allais. Elle avait de beaux

 

Yeux ; c’est surtout ce qui m’a fait la suivre au bout

Du pont. Elle était jolie et me faisait pen-

Ser à celle que j’aime le bonheur à tout

Ce qu’elle désirera l’amour tout autant

 

Qu’au premier jour. Alors s’ouvrit à moi le sou-

Venir de ses bras, de son étreinte, de nous,

Des incompréhensions, de ce qui nous a fait.

 

 

Les passants statufiés autours de moi n’avaient

Plus leur attrait et elle non-plus ne l’avait

Plus. Et maintenant. J’espère qu’elle le sait.

16 avril 2017

 

La guerre n’est pas finie

« Voie une ; entrée de l’inter-cité pour […] départ à […] »

L’annonce fait frémir chacun sur le quai. Bien dispersés, équidistants, sans contacts visuels, l’attente arrive à son terme. Certains s’avancent déjà timidement, brisant l’ordre du petit microcosme formé par la foule bien disposée.

Voilà qu’arrive le train, comme en gare de la Ciotat, surgissant miraculeusement de la nuit matinale, d’un quelconque film fantasmé. Commence déjà une intense réflexion sur le quai. Chacun tente de savoir à quelle hauteur s’arrêtera la porte de son wagon. La vitesse semble bonne ; à raison d’un ralentissement constant, d’un freinage régulier ; en tenant compte de la force du vent et du taux d’humidité ; là ! A cet endroit ! Et la porte vient doucement se positionner deux mètres plus loin.

Dès lors il faut attendre la descente des autres passagers… Il s’agit donc de faire preuve de stratégie et de finesse. On se pousse poliment, tentant de s’approcher le plus possible de la porte dans une optique de rapidité, empêchant ainsi toute descente du train. La tension monte. Bientôt tous seront sorti. Les rangs se serrent. Plus que deux. Les muscles se tendent. Plus qu’un. La détermination ne faiblit pas. Et… Voilà ! A l’assaut ! Tayaut ! Fissa ! Tadam !

Le premier s’engouffre ! Le deuxième tente de le suivre mais se retrouve nez-à-nez avec un costaud qui l’empoigne et le repousse musculeusement. La horde derrière eux commence à s’agiter et à tirer les armes. Le costaud et le second en lice ont cependant entrepris une lutte sans merci sur la première marche. Ils sont vite rejoints par une jeune femme armée d’un sac à main. Le conflit s’envenime alors. Le costaud arrache ses vêtements d’un geste viril, révélant un pagne de type néandertal ainsi qu’une masse formée manifestement à partir d’un tronc d’arbre. C’en est trop pour l’arrière de la meute. Diverses rixes y éclatent. Les téléphones sont tirés, pinces à cheveux ; un jet de café à emporter atteint le malabar en pagne. Insultes ! Et tout dérape. La horde s’entredéchire. On se bat, se frappe, se tire les cheveux ! L’un dégaine un couteau de cuisine. L’autre une épée. Un dernier se munit d’une tronçonneuse orangée. Le sang gicle ! Les entrailles volent en tous sens ! Morts ! Le costaud acculé contre la seconde marche par un homme d’affaire hargneux et un jeune lycéen bien décidé à en découdre, se relève soudain, brandissant son arme et hurlant. Surgit alors une troupe de Huns colériques et peu lavés. Ils sont immédiatement suivis de cent-vingt CRS et policiers. Mais l’hostilité n’atteint son paroxysme qu’à l’arrivée fulgurante d’un contrôleur las des batailles. Il est accompagné de vingt-mille cavaliers français en armures étincelantes. Sonnant de l’oliphant, tous crient « Montjoie ! » et viennent frapper violemment le flanc droit des soudards dans une charge mémorable. On assiste alors à différentes scènes sanglantes incluant divers procédés de décapitation particulièrement ingénieux. Mais aucun des braves combattants ne faiblit. Ils gagneront leur place dans ce train au prix de leur vie !

Dans un acte de vaillance, le costaud hurle soudainement et bondit en direction de la troisième marche qui se trouve être la dernière. Il éventre d’un revers de main l’un des plus braves chevaliers français et se saisit de son épée. Octroyant au passage quelques horions, E Durandal s’espee en l’atre main, il la brandit en l’air et bondit à l’intérieur du train, enfonçant d’un revers d’épaule la porte coulissante. Portant le regard de l’homme qui a vaincu sur les différentes places, le sens cuide desver. Chaque siège est occupé par un passager passif, mais près à en découdre … La guerre n’est pas finie !

Hors la loi

Ce matin-là, lorsque Grégoire Orgeat se leva, il était hors de lui. Furieux de cette situation, il tenta pour réintégrer son enveloppe physique de s’octroyer divers horions, mais rien n’y fit. Devant le manque d’évolution de son état, il se résolut à en informer sa femme. Cette dernière, mi-figue mi-raisin, ne put par conséquent lui répondre. Agacé de l’air hautain et sucré de sa femme, Grégoire se rendit chez son banquier en quête d’une aide bienvenue en la situation, mais également d’un prêt pour son projet d’ouverture d’un magasin d’animaux sauvages domestiqués. Mais face au refus net du banquier quant à la seconde demande, Grégoire, déjà hors de lui, monta immédiatement sur ses grands chevaux pour le plus fin déplaisir de son banquier qui ne voyait guère d’un bon œil l’introduction des équidés dans son bureau.

« Sortez d’ici tout de suite ! » lui cria-t-il donc. Grégoire sut alors que son banquier n’était qu’un ours mal léché. Il lui dit par conséquent : « Et bien allez donc vous laver ! »

Mais une fois sorti du bureau, Grégoire commença à broyer du noir ce qui eut évidemment pour conséquence l’arrivée immédiate de la police et son arrestation pour homicide.

« Mais enfin ! J’ai vu rouge ! » plaida Grégoire. Cependant peu importait à la police et au vu de la détermination des agents, Grégoire jugea bon de s’enfuir sur ses chevaux. Il prit donc ses jambes à son cou et les accrocha à son sac. L’immédiate réaction de la police fut bien évidemment une prise de mesures drastiques. Furent ainsi notées les longueurs de six trottoirs, deux passages piétons et trois amphithéâtres qui se trouvaient là par hasard.

Grégoire Orgeat court encore. Oh so long, so long cowboy ! Hors de toi so long, so long cowboy !

Coucher de soleil je vous prie (comme à la fin des Lucky Luke).

Inktober – 4 octobre 2016

On m’a parlé de cette idée de « Inktober » dont le but semble apparemment de produire un dessin par jour à l’encre… Je suis hélas très mauvais en dessin, du moins il me semble. Je justifierai donc mes quelques jours de retard (première production au 4 octobre au lieu du 1er) par la longue réflexion qu’il m’a fallu pour me décider à me lancer dans cette tentative de calligramme.

Je publie donc ici ce premier « Inktober », si c’est bien ainsi qu’il faut l’appeler, et devrai a priori et dorénavant les publier par amas de cinq dans les semaines à venir, histoire d’égayer un peu ce morne et triste mois d’octobre.

En dernier lieu, une certaine indulgence est demandée (priée !) au lecteur/spectateur dans la mesure où mes qualités de dessinateur en sont encore à leur débuts (du moins j’espère qu’elles ne sont pas à leur apogée, auquel cas je resterai définitivement un médiocre  voire mauvais artiste graphique) ainsi qu’à la simple qualité du scanner par lequel je passe ledit document qui laisse sans doute à désirer (l’encre est plus noir en vrai, je vous assure).

inktober-4-octobre-2016

Echarpe

Le silence plaque au sol les derniers murmures

Et dans la moiteur de l’air se font ainsi de

Petites larmes qui vont sur le nez tout le

Long des yeux. Leur sel laisse comme une brûlure

 

Dans l’odeur du souvenir qui reste accroché.

C’était l’écharpe qu’elle portait, qu’elle vous

A rendu avec l’air triste. On a pas du tout

L’envie de vivre avec cette odeur dans les

 

Vêtements. Les larmes les enlèveront mais

Vous souffrirez la mort et les pires sanglots

En attendant, car tel est votre avenir et

 

S’il est un répit, une île, un calmant, alors

Les larmes sauront à nouveau donner à vos

Petits espoirs, pour un temps, l’odeur de la mort.

Océanides (III)

Au revoir

I

Il, l’océan, avait presque dévoré la

Plage entière. Tu voyais depuis l’île dont

On t’a tant dit, si fine que ses berges sont

A peine visible à l’œil nu. Tu te laisses a-

 

Ller dans le bleu clair, les mains tendues, la bouche

Etonnante de sourire qui fait du bien.

Tu as perdu ton calme depuis longtemps. Rien

De meilleur à voir que le soleil qui se couche

 

Sur l’horizon. Crachent alors tous les Léviathans.

Les Béhémots apeurés de ce crépuscule

Dansent avec eux une étrange gigue à bascule

Faisant fuir les Krakens qui en les regardant

 

Ne voient qu’un spectacle terrifiant. Tu y as

Vu la peur, mais aussi l’envie. Contre sa

Rigueur tu disais « Putain t’es belle tu sais ? »

Et le calme revenait. Alors tu n’osais

 

Pas écrire et c’était toujours en vers de douze

Puis par quatre que tu faisais. Ton cœur fait mal,

Tu voudrais pouvoir dire comme d’autres ont dit : « Al-

Lons ! » Loin que ce sera ta bouche que l’on couse

 

Tu diras plus rien c’est mieux. Ferme donc un peu

Ta gueule et serre les dents. Mais à bas la forme

Cries-tu et tu n’en sortiras jamais horm-

Is de ceux que tu caches laisse aller ses yeux

 

Où ils veulent entends-tu les cris de l’océan

Qui t’appelle pour la mort que tu avais écrit

« On imagine tout un tas de choses. Long

Long, long jusqu’au bout du tunnel. Ira jusqu’au

Petit matin, bien assis au fond des wagons

Train du long de la côte, la mer et ses eaux

 

Bleues aux yeux des touristes. Long, long, long, jusqu’au

Bout du tunnel. La nature est sèche et le vent

Un peu frais des collines vient de la mer en

Passant par la forêt de pin. » Tu repenses au

Long voyage au tunnel à tout ce que tu vis

La Chimère orangée sur la mer mourant

 

Que t’en veux plus l’océan qui avait mangé

La plage aux astérismes la cosmogonie

Plus folle aux anticrépusculaires arrangés

Dans la tempête et le tout long du limbe impie

De son corps du périgée au néant savais-

Tu casser au marteau tes pensées étranglé

Entre ton vide et ton trop plein tu frissonnais

De ne plus savoir hurler

Ni non-plus chanter

Nébuleuse en carton qui s’éteint lentement

Je t’en prie destin ou toi fais tout changer

Fais plus rapidement

Mais ne va pas pleurer

Je t’en prie en éclipse en galaxie mon

Embellie

Laisse-moi rester encore un peu, ici, orbiter, pleurer sur ton aphélie.

 

II

Ça faisait dix jours que j’étais parti. J’allais

Un peu triste m’asseoir sur ma banquette, les

Larmes aux yeux. J’écrivais un peu dans mon carnet

Et de lourds sanglots m’ont soulagé. Soulagé

 

De ce que j’avais de la peine et de la vraie.

Je laissais donc mon regard vagabonder et

Le pays se déroula nu devant mes yeux

Qui pleuraient mais j’étais étrangement heureux.

 

La vie arrivait à son terme et tout serait

Bientôt oublié, silencieux, on parlerait

Plus de rien. Je laissais tomber des larmes noires

 

Sur mes feuillets et pensais au manque. J’étais

Seul et un peu inquiet. Mais je crois qu’elle sait

Que j’ai jamais su dire tous ces au revoirs.

 

 

Notes : Poème conclusif de la triade, peut-être le plus réussi mais selon mon impression le moins travaillé. Encore une fois très inspiré par Le Bateau ivre de Rimbaud mais également de Au Cabaret vert du même auteur. Toujours en arrière pensée un passage du Voyage au bout de la nuit (dont je ne glisse ici que le passage précis que l’on peut retrouver dans le poème. Cependant la page entière vaut largement une lecture plus qu’attentive, tout comme l’entier de l’ouvrage.) :

Le train est entré en gare. Je n’étais plus très sûr de mon aventure quand j’ai vu la machine. Je l’ai embrassée Molly avec tout ce que j’avais encore de courage dans la carcasse. J’avais de la peine, de la vraie, pour une fois, pour tout le monde, pour moi, pour elle, pour tous les hommes.

(L.-F. Céline ,Voyage au bout de la nuit, p. 236, Paris, Gallimard, 1952.)

 

Noté dans mon carnet de voyage le 02.08.2016 (à propos du chapitre « La mélancolie » dans Sur les cimes du désespoir de Cioran) :

Cioran fait du regret et donc du souvenir un truc pas très important. Comment fait-il pour ignorer l’aspect constitutif de ce passé ? Il l’explique pas ! C’est justifié ou alors il se plante ? C’est ça qui fait du passé un problème. La honte face à soi-même. Se découvrir un monstre c’est dur surtout quand c’est vis-à-vis des sentiments qui ont remplacés les valeurs. Plus de morale, donc n’agir qu’avec les envies et les sentiments : pitié, peur, envie, etc..

 

Le 16.08.2016 (juste après avoir fini le même ouvrage de Cioran) :

[…] J’aime aussi son chapitre « Qu’importe ! » où tout doit être laissé au hasard des envies, des événements, des choses. Rien ne tient, alors pourquoi tenter de maintenir un sens ? S’opposer pour rien d’un coup ? Me lever et clamer : « Je veux que ce train s’arrête séant ! » Estimer des éoliennes que je vois à l’instant qu’elles doivent cesser d’être. Demander à l’océan de se clamer. Refuser la salutation qu’on me donne.

Et puis merde, pourquoi tout devrait avoir un sens ? Je suis bizarre ? Tant mieux ! C’est vous qui êtes bizarres de tout faire pareil !