Cantefable (suite II)

[…]

 

Vingt poèmes à Isabelle – XVIII

Nous nous sommes embarqués un premier décembre et

Nous avons mis des mois jusqu’à Saturne. Re-

Stés dans la base lunaire, c’étaient des

Gens d’un peu partout. On fuyait la terre et ses

 

Catastrophes. Y avait plus rien à faire. Mais

Les deux, on était contents. C’est ce qu’on avait

Toujours voulu, partir. Comprendre d’autres choses.

Donc arrêtés sur la lune, pour une pause

 

Parce qu’on en pouvait plus, on est resté des

Mois entiers à se prélasser dans les cratères.

On a même pu voir s’envoler de la terre

Les dernières navettes. Et puis tout s’embraser.

 

Le Rédemption s’est écrasé un peu après.

On savait que c’était fini. Que tout était

Voué à mourir. On avait raté. Tout le

Monde le savait. Il ne nous restait qu’à se

 

Faire à l’idée. Les gens se sont éparpi-

Llés. Pour se trouver un coin où mourir. Partout

C’était déjà mieux que la lune. Et on a pris

L’USS-Centerfold. Six amis avec nous

 

En direction de Saturne ou de Jupiter.

Le bruit courait qu’on avait vu un trou de ver

Entre Saturne et Uranus. C’était déjà

La fête sur Europe. On y voyait de là

 

Tout Saturne et ses anneaux. Des centaines de

Milliers de satellites chatoyant de gris

Enfermés dans leur mouvement éternel. Le

Temps. Et comme nous, il y passeront aussi

 

Un jour. Europe, les satellites. Tous. On

A fini par reprendre la route. On était

Plus que six à repartir. On a vu Pluton

Au loin en contournant Uranus. Un arrêt

 

Sur Saturne et on entrait dans le trou de ver.

On a vu les lumières danser autour de

Nous. C’était la nouvelle galaxie. Et le

Soleil brulait comme cent fois le nôtre. Enfer

 

Et paradis. Le Rédemption était détruit.

Les voûtes célestes se touchaient en étoiles

Les astres lactescents de leur lumière pâle

Faisaient sur tous les astéroïdes la nuit

 

L’écho de leur puissance. L’USS-Center

Fold les a percutés. Et tout loin dans l’éther

Je t’ai perdue. Disparue lentement

Aspirée par les tréfonds du firmament.

 

Je t’ai vu partir vers Bételgeuse sans moi.

Et maintenant tu me manques et je suis perdu.

Je sais bien que je te reverrai jamais plus.

J’ai de la peine à me faire au manque de toi.

 

J’ai trouvé pour moi, un planète où mourir.

J’espère que tu as trouvé la tienne. Au pire

Tu me rejoindras. On se fera notre planque.

Adieu chérie où je sais pas quoi. Tu me manques.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XIX

Je t’ai bientôt tout dit. Toi, tu ne réponds pas

Mais tout ce que j’écris, tu ne l’as jamais lu

Et tu ne le liras sûrement jamais. Tu

M’avais dit une fois que tout, toujours s’en va.

 

C’était vrai. Et je te laisse partir si c’est

Vraiment t’en aller que tu veux. Je vais pas te

Manquer. Ça je le sais. Mais toi, tu sais que je

M’ennuie sans toi. Et voilà. Je m’en vais.

 

Je te chanterai toujours la même chose et

Tu le sais. Ma légende, ma chanson, mon lai,

Mes vers, ma poésie que t’as jamais lue.

 

Apollinaire et La Chanson du Mal-Aimé,

Villon et toute la Ballade des pendus.

J’ai qu’une chanson pour toi.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XX – Chanson d’Isabelle

Un soir que j’avançais à Rome

Etant mélancolique et froid

Je crus voir entre les colonnes

L’amour à ma rencontre. Mais la

Femme que je vis était un homme

 

Elle ressemblait à l’amour

Et lui me ressemblait à moi

Mais il y a longtemps. Toujours

Les regrets, comme regretta

César devant tout le sénat

 

Les étoiles et les Érinyes

Volaient doucement sur sa trace

Et moi j’étais juste derrière

Pénitant clair, maudit impie

Je croyais te suivre en enfer

 

J’ai dit vingt fois au revoir

Mais tu ne m’as pas entendu

Que chaque pas nous rapprochait

D’Athènes et de l’Egypte mais

T’éloignait de moi. Et les nues

 

A mes souhaits s’ouvraient tachées,

Mordues, falsifiées et les

Pharaons, les âmes damnées

Les soldats perses, les armées

Assemblées du monde entier

 

N’en seraient pas venu à bout

Je regrettais de n’avoir pas dit

A cet homme comme il te

Ressemblait. Et tout ce que je

Pensais te dire un jour. Tout ça :

 

Nous finirons tout en sept jours

Et comme Dieu finit toujours

Toute chose ici-bas. La terre

Et les cieux parsemés d’éclairs

Se sont déjà fendus vingt fois

Et l’Europe a perdu son roi.

Babel s’est effondrée, Rome

A été pillée et les hommes

Ont brûlé Berlin. Que pensez-

Vous ? La nature se flétrit.

On nous hurle que c’est fini

Que le siècle touche à sa fin.

Le monde aussi. Et les humains

Pauvres vivants tels que nous sommes

Faisons encore et toujours comme

L’éternelle crise.

 

Vous tous, souvenez-vous

De l’amoureux, hommes et femmes de l’avenir !
Car on dit que votre monde s’entredéchire

Comme on fait des pages. Et les gens d’on-ne-sait-où

 

Les repeuplent. Les phéniciens venus de Tyr

Firent Carthage et toi tu me fis en un jour.

Et moi je t’ai fait vingt poésies d’amour.

Maintenant c’est bon, c’est réglé, je peux partir.

 

Des sept collines, les sept sages

Ont prédit la fin des temps. Arrive bientôt

L’Apocalypse, l’Antéchrist, le Renouveau !
A mort les païens ! A mort les chrétiens ! En cage

 

Les hommes ! Et le fouet pour les femmes ! Et peu m’importe

La justice et les cieux ! Nous sommes devant Dieu

Tous incroyants ! Et devant nous, sommes si pieux !
Merde aux religions ! Que le Diable les emporte !

 

Il m’en faudra peu pour t’oublier, faux amour

Sans toi la vie ne vaut plus la peine, mais

Avec toi elle est encore pire. Remets

Bien tes habits et va-t’en ! Tu me penses sourd ?
Etre comme tous les autres qui court droit au

Large de son but ? Détrompe-toi ! Oh, oui, tu

Le sais bien, je suis une force qui va ! Mû

Et trainé par la force d’une autre ! Sitôt

 

Elle est apparue ! Tu étais déjà loin.

Les cheveux blancs, avec un air un peu gamin.

La couleur douce de ces vingt-et-un ans. Bleu

Au-dessous des yeux, le sourire d’amoureux.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XXI – IsabElla

J’ai la mélancolie d’une époque que

Je n’ai jamais connue. Et les jours d’aujourd’hui

M’ont rappelé les jours d’il y a longtemps. Je

Crois que je ne m’en souviens presque plus. Aussi

 

Eux, ils me manquent. Ou c’est toi qui me manque. Mais

Comment savoir ? C’est des hautes vagues dans mes

Pensées qui t’élèvent et te ramènent à moi

Inlassablement, toujours. Et me revoilà

 

Inexorablement. Après la marée, un

Calme sans toi. Et à nouveau, dans les embruns

L’écume me rappelle à ta mélancolie.

 

J’attends comme je fais toujours, les adieux

Qui n’en finissent pas. Je dis, moi, malheureux

Ou rien du tout. Mais comment veux-tu que j’oublie ?

 

[…]

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Cantefable (suite I)

[…]

 

Vingt poèmes à Isabelle – VIII

J’essaie assez souvent de me cacher dans les

Plis de ta robe. La petite rouge que

Tu portes parfois. Et comme ça, je m’en vais

Où tu vas. Je peux te suivre toujours et te

 

Murmurer des choses que tu n’écoutes pas.

J’aime aussi me cacher dans ton ombre. Sous toi

Qui te suit. Je n’ai pas vraiment d’existence et

Je te suis comme un pauvre con perdu. J’étais

 

Déjà perdu, maintenant je le suis avec

Toi. Pieds sales, cheveux poisseux, les yeux tout secs

D’avoir trop pleuré. Toi aussi tu es perdue.

 

Toi aussi tu te caches dans mon ombre et dans

Mes poches. Mais peut-être que viendra un temps

Où tu n’auras plus d’ombre et tu seras nue.

 

Vingt poèmes à Isabelle – IX

Rossignols et oiseaux chantaient

La reverdie qui faisait

Tout à l’entour du grand château

S’épanouir les arbrisseaux,

Les hêtres et les bosquets. Nature

S’éveillait. Et le roi Arthur

En cette nouvelle saison

Fit faire une compétition

En sa cour. Un bien grand tournoi

Où les chevaliers, pour le roi

S’affronteraient dans maints duels

A mort, comme le rituel

Le dicte à l’us. Tous les guerriers

Du royaume y virent tout en armes.

Ce fut dix jours de grands combats

Qui divertirent fort le roi.

 

Mais le dernier jour que Gauvain

Avec Girflet venait aux mains

Un chevalier tout en airain

D’un pas très sûr au roi s’en vint.

Le roi est étonné et bien

Gité du chevalier d’airain.

 

Le chevalier a jusqu’au roi

Marché d’un pas sûr et tout droit.

Le roi, courroucé de cela

Le veut se faire arrêter là.

Mais l’arrêter personne n’a

Tant il était fort et adroit.

Oh ! Si vous aviez vu cela

Comme l’homme avait fort le bras.

 

Le roi de cela est fâché

Quand il a vu le chevalier

Sans peine les hommes tuer

A lui venir sans s’arrêter.

Lui dit avec un ris gité :

« Doux sire, que viens-tu chercher

Que ne puisse te donner ?

J’ai ici pour toi des épées,

Des piloms et des boucliers.

De la nourriture à goûter

Tant de plats et mets raffinés

Dis-moi et je te donnerai. »

 

Le chevalier n’a oncques dit.

De colère, le roi l’avertir :
« Doux sire, prudhomme et ami

Ce à ne rien dire t’obstines

Te pourfendrai moi-même d’ire. »

 

Le chevalier a fait silence.

Tout autour de lui la Cour pense.

Le roi s’émeut de telle instance

Et par devant tant d’insolence

Il fait quérir écu et lance

Corrocié au chevalier lance.

 

Le chevalier a évité

Et sorti son épée.

Le roi est tout apeuré

Il conçoit son erreur et fait

Grand nombre de dames appeler.

Il dit : « Que veux-tu chevalier ?

Est-ce donc une épousée

Qu’en ma cour tu viens rechercher ?

Si tel est le cas, sois m’en gré

Et de ces dames choisirai

Celle qui pour toi le mieux sied.

Ta vaillance, ton courage et

Ta force seront décuplés

Quand d’amour tu seras baigné. »

 

C’étaient là des viles promesses

Que comptait le roi au vallès.

Et si l’on sait que la tendresse

Peut d’un homme faire l’adresse,

L’on sait bien que la même espèce

D’un prud’homme peut grant faiblesse

Attiser les milles caresses.

 

Le chevalier a le roi or

Et comme il est subtil et fort

Clama oncques désir n’avoir

En soy. Il a parlé alors.

Et l’a fait haut et clair et fort.

« Roy que vois sur ce trône d’or

Non ne t’ai menacé encore.

Et pourtant tu trembles de peur. »

 

Le chevalier au roi parlait.

« Biax roi, de peur te vois trembler.

Ce n’est pas querelle que

Ce soir devant toi viens chercher.

Vois-tu, comme suis chevalier

Dame coudrait savoir aimer

Mais ne sait comment ni y aider.

Que ta bénédiction me soit

Le droit de m’amie épouser.

Dès que tu me l’auras donnée

De ton royaume m’en irai. »

 

Le roi a fort ri de ces mots.

Il se croit un long instant sot

D’avoir eu si peur du vallès.

 

Le roi a dit au chevalier :
« Biaus sire, ma bénédiction ait,

Va et marie-toi. Et fais

Comme bon te semblera. Mais

Avant que tu partes, dis-moi

Quel est ton nom. Le louerai

Pour ta bravoure et ta requête. »

Mais oncques n’a dit le vallès

Et au roi de lui demander

Encore son nom répéter.

 

Le roi a demandé son nom

Au chevalier. Mais il a non

Et oncques ne dira son nom.

Le vallès tourna les talons

Et s’en fut envers l’horizon.

Que le chevalier sans prénom

Et qui n’aura d’appellation

Soit béni des anges car ont

Des dieux ouï son renom.

 

Vingt poèmes à Isabelle – X

Des fois, le soir, je t’entends rigoler derrière

Mes yeux. Je me souviens des tiens, d’yeux. Tout noisette.

Et j’aimerais te faire sortir de ma tête.

Que tu sois avec moi, là, ici- Et c’est clair.

 

Que rien est possible juste comme ça. Là.

Dans mon lit, à penser à toi. J’ai mal au ventre.

Tu es au Maroc, en Italie et tu rentres

Dans longtemps. J’ai le temps de m’ennuyer sans toi.

 

Tant pis. Tu riras derrière mes yeux. Je te

Rêverai encore un moment pour te sortir

De ma tête. Quand tu seras là, je sais que

 

Ça ira mieux. Tu riras encore mais de rire

Dehors, ça va. Tu reviendras à ce moment-

Là (c’est vrai ?) En tout cas tu me manques vraiment.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XI

Aux champs d’Orange, Siegbert le fermier

Chantait parfois.

Bêchant de houe, la terre sous pieds

Les champs du roi.

Aragon le sarrasin était ci

Roi de la ville

Et des champs alentours faisait profit

Le roi si vil.

 

Parfois bêchant, Siegbert chantait ainsi :

« Que roi vil fasse de moi son esclave

Je n’obéis qu’à Charles et non pas au slave

A l’Escler qui nous gouverne et punit. »

 

Un jour aux champs, Siegbert y vit passer

Trois sarrasins.

Les regardant, Siegbert put deviner

Que pèlerins

N’étaient pas les trois hommes. Car étaient

Trois chevaliers.

Siegbert reconnut Guillaume au court nez

Tout déguisé.

 

Siegbert chanta : « Voici la liberté

Qui enfin s’abat sur nous. Le preux Charles

Est mort mais Guillaume vient nous sauver.

Oh ! Qu’à Aragon, déguisé il parle.

 

Cent mille français se sont réjouis

Des chevaliers.

Du mariage Guillaume l’on fit

Grande beauté.

Que vivent Guillaume, Orable et Bertrand

Et Guiélin

Qui libérèrent Orange du tyran

Le sarrassin.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XII

Si tu savais comme j’ai envie de te

Baiser. De remonter ta robe et de lécher

Tes seins. Que ça soit pas propre et surtout qu’on se

Fasse assez de bien pour qu’on veuille recommencer.

 

Parce que je vois tes formes sous ta robe. J’ai

Envie de te prendre comme on s’était pris

Sur la scène, mais pour de vrai. Tu m’avais dit

Que je n’oserai pas. Et c’était sûrement vrai.

 

Tu es trop jolie pour qu’on fasse tout ça

Comme ça. C’est vrai, je veux juste être avec toi.

Pas besoin qu’on baise, t’as peut-être raison.

 

Ton sourire c’est déjà bien assez. Tes yeux

Noisette que j’adore. Si tu veux on peut

Juste rester ensemble et trouver le temps long.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XIII

Perdu dans la FNAC des Halles. Elle est beaucoup plus

Grande que celle de Lausanne et plus vivante.

Je t’ai cherchée dans les livres d’histoires ant-

Iques. Mais évidemment je t’y ai pas vue.

 

Tu étais au Moyen Âge avec Charlemagne

Et les francs du huitième siècle. Tu étais

Avec Nabucco à Babylone. Le bagne

Des juifs, la shoah, les génocides. Tu é-

 

Tais avec Pompée sur la plage. Au foro

Imperi avec César et Marc Antoine. Au

Côté des enfants à Carthage. Sur les rem-

 

Part de Troie. Aux Thermopiles. A Filippi. A

Lutèce. A Aix-La-Chapelle. Et à Massalia.

J’aurais aimé que tu sois avec moi. Vraiment

 

Vingt poèmes à Isabelle – XIV

« Jérusalem est tombée ! » que l’on m’a dit.

« Nous avons éparpillé les pierres de sa

Muraille. La loi chrétienne règne là-bas.

La Terre Sainte est à nous. Que Dieu soit béni. »

 

Elle est jolie et fière, celle qui vous a-

Nnonce la nouvelle. Elle a des taches de rou-

Sseur. Et c’est joli avec ses cheveux blonds. A-

Vec un sourire de serveuse, elle est pour vous

 

Comme une innocente. Ah ! Les innocentes ! A quel

Peur vous devez leur amour ? Et pourquoi sont-elles

Toujours enclines à s’enfuir ? Êtes-vous si laid ?

 

Vous n’êtes, à ce qu’il vous semble, que fait pour la

Guerre. Celle qu’on mène sur les murailles à

Jérusalem. Et là où vous n’irez jamais.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XV

Le Colisée tout neuf accueillait les pre-

Miers jeux. Les rues, pour cela, avaient été

Nettoyées. Et on y marchait sur les pavés.

La Gaule pour l’occasion avait été re-

 

Conquise. César revenait triomphant. Mais

Déjà Pompée gisait sur la plage. Cléo-

Pâtre aimait Antoine. Brutus assassinait

Tarquin ou César. En l’air, le grand aigle ro-

 

Main tâché de Rémus faisait chuter Troie. Et

Pyrrhus envoyait ses éléphants. Un Christ en

Croix. Constantin, la plume en main. Et tout le temps

 

L’air vicié des excréments des plébéiens. Mais

Nous disait-on, l’air est plus doux à la campagne.

Probablement. Mais où est le preux Charlemagne.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XVI

J’ai marché de Babylone sous le

Soleil brûlant. La chaleur me rappelait ton

Corps incandescent quand mon imagination

Te fais me faire l’amour Les sables se fai-

 

Saient des mirages entre eux. Des palais, des fontaines

Auprès desquelles je mourrais de soif. La plaine

Et la pleine lune s’éclairaient l’une l’autre.

Tout un peuple judéo-chrétien, fait d’apôtres,

 

Des Saints, de papes, de cardinaux avançait

Là. Dans la chaleur, labourait le sable, mais

Jamais on a cru qu’ils arrivent à Jérusa-

 

Lem à temps. La pleine faisait comme tes seins

Dans ta robe à poix blanc. C’est là que les chrétiens

Se sont perdus. Comme moi je me perds en toi.

 

Vingt poèmes à Isabelle – XVII – Sonnet de Fortune

Je porte autour du cou les cicatrices de

Déméter. Et le temple de Vesta s’est e-

Ffondré sur moi. J’ai bâti l’Acropole et j’ai

Détruit Carthage. J’ai brûlà Pars et le

 

Phare d’Alexandrie. Charles VI se sou-

Vient de moi. Oreste également. Et j’ai mis

Cléopâtre sur le trône. Byzance aussi

Craint ma Turquie et Judas s’est pendu dessous

 

Mes yeux. François Ier à Pavie fut capturé

Charles Quint couronné, la Grèce mise à feu,

Saint Barthélémy et Saint George et les hébreux.

 

J’ai tant construit, j’ai violé les vestales, alors

Qu’avez-vous à me dire ? Sont-ce des remords

Qui vous égayent ? Allez, demeurez et vivez.

 

[…]

Cantefable

Je me souviens qu’on avait dû prendre le train

Un peu plus tôt. L’autre avait déjà du retard

Et même si on avait dû l’attendre en gare

On prenait aucun risque. Je me souviens bien

 

Paris à cette époque de ma vie était

Toute blanche et pleine d’histoires et d’intérêts.

Pour nous deux la ville entière et ses longues rues

S’offrait. Et depuis le Sacré Cœur à la vue

 

Pour les touristes, tu me chantonnais « Je t’aime !

Et je crois bien que je suis heureuse avec toi. »

Quand moi, j’avais pour toi que des mauvais poèmes

Et des histoires tristes que je savais pas

 

Comment te raconter : « Au clair d’une aube noire

et grise – Assis au Châtelet les deux – Je vis

s’échapper d’une église – Des fantômes aux regards

vitreux – Je marchais alors derrière eux – En sui-

 

vant leur pas militaire – Reprenant leur chant

malheureux – Prions car irons tous enfer ! – Car

les regardant se mouvoir – Je reconnus dans

la mêlée – Le roi Tarquin, le roi Richard –

 

Le très preux Charles et son armée – Antoine ou tant

d’âmes damnées – De ces volutes morti-

fères – Scandant la sentence sacrée : – Pri

ons car irons tous enfer ! – Puis arrivés en

 

un tombeau – J’y vis une table, un banquet – Des

seigneurs et des animaux – Assemblés. Les morts

dévoraient – Le festin fantomatique. Et – Les

deux portes se refermèrent – Quand toi, dehors

 

tu me cherchais – Prions car irons tous enfer !

Prince, nous t’implorons, si fait – Au nom de tous

ceux de la terre – Nous tous, bons, mauvais et fous.

Mais – Prions car irons tous enfer ! » Mauvais vers

 

D’une ballade que je voulais te donner.

Mais tu n’en as jamais rien voulu de ma ba-

Llade. Ni rien, comme si c’était terminé.

Et je crois bien que tout est terminé. Tout ça.

 

Je suis retourné au Sacré Cœur depuis et

La vue n’a pas vraiment changé. Il y a

Toujours autant de gens, toujours autant de toits

Tout est encore laid. Seulement, toi, tu n’es

 

Plus là. Je vois des espaces vides où plus rien

Ne nous unit, mais où tout me ramène à toi.

Je vois nos vieux fantômes que je ne crois pas

Si vieux ; je n’y croyais pas ; ne sont que les miens.

 

Toi, tu as dû oublier. Tu n’y penses plus.

Tu as perdu ce bonheur que nous avions fait.

Que t’en reste-t-il ? Des images ? Le carnet ?

Celui que tu voulais tenir et que j’ai cru

 

Stupide. C’était la plus belle chose que

Nous pouvions faire de notre bonheur. Mais tout

S’est si mal terminé. Je me suis mis à te

Détester fort, je crois. Mais tu étais partout

 

Tu hantais les murs, les maisons, tu hantais tout.

Je t’entendais, te sentais, tu étais partout.

Regrets. Tout ça avait un bien mauvais goût. J’ai

Décidé de t’écrire vingt et un sonnets.

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – I

Sur la scène tournent des danseurs. Les oiseaux

Doucement s’y font la loi. Et toi, tu me tiens

Dans tes bras, serrés forts et je crois bien qu’il faut

Qu’on s’embrasse.

Tu as laissé ta robe rouge.

Les oiseaux s’y font la loi.

Il faut que l’on bouge.

Mais je sais pas vraiment que faire, je fais rien.

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – II – Chanson

Je me suis dit que je ne savais pas quoi t’écrire.

C’est vrai, je ne sais pas quoi te dire.

J’ai rien à dire.

Rien du tout. Je sais pas quoi t’écrire.

 

Amour, sœur improbable. Qu’est-ce que je dis ?

Tu t’en vas pour ailleurs. Tu t’en vas, dis, c’est ça ?

Comme tous ceux qui sont partis. Qui sont plus là.

Je t’aime pas hein. C’est juste que je t’écris.

 

Parfois, ils me manquent, les gars. Ceux qu’on a re-

Trouvés après des jours. On s’est pas dit tout ce

Qu’on aurait voulu se dire. Ils se sont barrés

Trop vite. Tout comme toi, tu vas t’en aller.

 

Mais toi, je te reverrai, tu m’as dit. Un ca-

Fé, un truc les deux. Y a toujours moyen, non ? C’est

Pas si loin quelques jours. Mais alors d’ici-là

Qu’est-ce que j’ai à te dire ? Qu’est-ce que j’ai ?

 

J’ai peur d’être tout seul. Je crois que ça me fait

Peur. Je crois que j’aurais aimé que tu sois là.

Ça fait moins peur quand t’es là. Et moi, j’aimerais

Avoir moins peur. Assis, juste en face de moi

 

Il y a des gens qui s’aiment, comme on fait sem-

Blant sur scène. On a fait semblant. Et un instant

On s’est demandé si c’était vrai. C’est bien ça ?

Avant que tu partes. Alors qu’est-ce qu’on fait là ?

 

Je sais pas quoi te dire. Je savais déjà

Pas. Je me récitais Les Colchiques. Mais toi

Tu bougeais pas. Je sais toujours pas quoi te dire.

Alors je dis n’importe quoi. Je te fais rire.

 

Je suis nul pour ça. Toi, tu es bien. Tu sais tout

Ça ? Moi, je sais rien. Adieu. On se reverra,

Dis ? Adieu parce que tu es belle. Tu sais ça ?

Adieu, tu vas me manquer. Adieu, tu vas où ?

 

Dis, j’ai rien à te dire.

Je sais pas quoi te dire.

Tu manques. Adieu.

J’espère qu’on va se revoir.

J’oublierai pas.

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – III

Ici, tout a déjà l’air usé. Même les

Stigmates sur les maisons ont cent siècles. Tu

As, toi, vingt-deux ans à peine. Et toute nue

 

Belle ; mais comme j’ai envie de toi ; tu

En fais vingt à peine. Quand la crasse des rues,

L’âge du monde font tout pour nous séparer,

 

Lu comme un soir d’avril, tu me chantais sourire

En me caressant les cheveux. Toi, tout sourire.

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – IV

Des matins que l’on se promène au bord du lac

Qu’on y pense à qu’on aime celle qui est loin

Cioran, Rimbaud, Apollinaire dans le sac

Pour lire sur les berges. C’est un petit coin

 

De verdure… On s’y laisse aller la tête dans

L’eau. Se rafraîchir. Etre loin de la terre. Quand

Le vent tourne seul les pages, que les remous

De l’eau font comme son corps. Dis, mais tu es où ?

 

Ton étreinte que je ne connais pas me manque.

Tes yeux noisette aussi. J’y pense mais sans que

Tu m’obsèdes. Le cerveau délivré des peurs

 

On laisse aller à l’eau les angoisses et les soirs

Où sous les fantasmes on a voulu faire croire

Que chaque matin est différent et les heures.

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – V –  Ballade

Qu’en ce laissai une chanson

A dame que j’aime en mon cuers

Quar le tient en cele prison

Sans qu’oncques dequoy la viguer

Garder lui fut donné. Malheur

Sur moi que folle deveniez.

C’est de ce penser grant horreur

Mais d’oncques passé ne venez.

 

Mais en quel monde allez cy dont

Que ne suive les mires en pleurs ?

De cela ne me celer non.

Se suis aussi en vostre cuers.

Ah ! Rien ne me fist plus grant heurt

Que cil voir a forches encroëz

Si Dex m’ait pour vostre bonheur

Mais d’oncques passé ne venez.

 

De mon cuers fist bien grant don

Quant pucele vint à mon heurs.

Et si doucete ne puis non

Lui refuser mie chaleur

Quand de nuitée avoit grant puers.

Quar en mon cuers et mon penser

Reste m’amie du cuer

Mais d’oncques passé ne venez.

 

Prince qui de nous a horreur

Oh ! Qu’amour de mie sauviez

Des deables dont elle a puers

Mais d’oncques passé ne venez

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – VI

Parfois quand le soleil est chaud et l’air est doux

On s’en va marchant sur la plage et le ciel du

Matin éclaire entre les roches marines, où

L’eau va, des petits crabes. Vous ne savez plus

 

Si c’est le soir ou le matin. On a laissé

Les pensées à la tente. Mais pas les angoisses.

C’est bien. Le vent qui vient de l’océan vous glace

Les yeux. Vous êtes amoureux et vous le savez.

 

Peut-être ne savez-vous pas de qui encore.

Peu importe le tout est d’être amoureux. Et

Le sable vous rappelle. Les quelques pas faits

 

Ce matin. Pourquoi vous êtes allé dehors

De la tente si tôt ? Le matin est tout roux

Parfois quand le soleil est chaud et l’air doux.

 

 

Vingt poèmes à Isabelle – VII

Pendant des années, j’ai vécu sur un lac.

Pour toi, les poissons y laissaient de grandes marques.

As-tu jamais vu l’eau salée de l’océan ?

Quand sous l’onde, les Krakens et les Léviathans

 

Se mettent à danser. Les cieux ultramarins

Qui font chavirer les pétroliers. Un matin

A la FNAC des Halles, je les ai vus, les cieux.

Ça s’appelait Poèmes à Isabelle. Ceux-

 

Là ? Ça te fait rire ce que je dis ? Tant mieux.

S’il te plaît, arrête pas de rire. C’est bien.

Je préfère ça que te parler de marins.

 

Et je saurais vraiment pas quoi dire sur eux.

On peut boire un café si ça te dit. J’en ai

D’autres des comme ça. Te dire où je vivais.

 

[…]

Paris, avril 2017

Paris, 2017

 

Je suis revenu à Paris, tu vois. J’avais

Dit que je ne voulais pas y retourner sans

Toi. Mais tout a tant et trop changé depuis le temps

Où tous les deux on s’aimait et puis c’est tout. Et

 

J’ai erré pour un moment dans les rues vides

Avec partout des images de toi et moi.

Mais qu’on m’en libère. Tu es loin de moi. Quid

De ce que nous avons pu être ? De tout ça,

 

Rien ne compte plus. Je ne te couche plus que

Sur du papier. Je ne t’embrasse plus en me

Disant qu’il faut que je t’écrive des poèmes.

 

Je suis et nous sommes autres maintenant. De toi,

De Paris, de la Défense, de Courbevoie,

Je n’ai plus envie de dire : « Je les aime ».

15 avril 2017


Une passante

 

Alors que je traversais le pont Mirabeau

Le soleil était pâle mais la Seine quand

Même brillait, je croisais une fille allant

Ailleurs que là où j’allais. Elle avait de beaux

 

Yeux ; c’est surtout ce qui m’a fait la suivre au bout

Du pont. Elle était jolie et me faisait pen-

Ser à celle que j’aime le bonheur à tout

Ce qu’elle désirera l’amour tout autant

 

Qu’au premier jour. Alors s’ouvrit à moi le sou-

Venir de ses bras, de son étreinte, de nous,

Des incompréhensions, de ce qui nous a fait.

 

 

Les passants statufiés autours de moi n’avaient

Plus leur attrait et elle non-plus ne l’avait

Plus. Et maintenant. J’espère qu’elle le sait.

16 avril 2017

 

La guerre n’est pas finie

« Voie une ; entrée de l’inter-cité pour […] départ à […] »

L’annonce fait frémir chacun sur le quai. Bien dispersés, équidistants, sans contacts visuels, l’attente arrive à son terme. Certains s’avancent déjà timidement, brisant l’ordre du petit microcosme formé par la foule bien disposée.

Voilà qu’arrive le train, comme en gare de la Ciotat, surgissant miraculeusement de la nuit matinale, d’un quelconque film fantasmé. Commence déjà une intense réflexion sur le quai. Chacun tente de savoir à quelle hauteur s’arrêtera la porte de son wagon. La vitesse semble bonne ; à raison d’un ralentissement constant, d’un freinage régulier ; en tenant compte de la force du vent et du taux d’humidité ; là ! A cet endroit ! Et la porte vient doucement se positionner deux mètres plus loin.

Dès lors il faut attendre la descente des autres passagers… Il s’agit donc de faire preuve de stratégie et de finesse. On se pousse poliment, tentant de s’approcher le plus possible de la porte dans une optique de rapidité, empêchant ainsi toute descente du train. La tension monte. Bientôt tous seront sorti. Les rangs se serrent. Plus que deux. Les muscles se tendent. Plus qu’un. La détermination ne faiblit pas. Et… Voilà ! A l’assaut ! Tayaut ! Fissa ! Tadam !

Le premier s’engouffre ! Le deuxième tente de le suivre mais se retrouve nez-à-nez avec un costaud qui l’empoigne et le repousse musculeusement. La horde derrière eux commence à s’agiter et à tirer les armes. Le costaud et le second en lice ont cependant entrepris une lutte sans merci sur la première marche. Ils sont vite rejoints par une jeune femme armée d’un sac à main. Le conflit s’envenime alors. Le costaud arrache ses vêtements d’un geste viril, révélant un pagne de type néandertal ainsi qu’une masse formée manifestement à partir d’un tronc d’arbre. C’en est trop pour l’arrière de la meute. Diverses rixes y éclatent. Les téléphones sont tirés, pinces à cheveux ; un jet de café à emporter atteint le malabar en pagne. Insultes ! Et tout dérape. La horde s’entredéchire. On se bat, se frappe, se tire les cheveux ! L’un dégaine un couteau de cuisine. L’autre une épée. Un dernier se munit d’une tronçonneuse orangée. Le sang gicle ! Les entrailles volent en tous sens ! Morts ! Le costaud acculé contre la seconde marche par un homme d’affaire hargneux et un jeune lycéen bien décidé à en découdre, se relève soudain, brandissant son arme et hurlant. Surgit alors une troupe de Huns colériques et peu lavés. Ils sont immédiatement suivis de cent-vingt CRS et policiers. Mais l’hostilité n’atteint son paroxysme qu’à l’arrivée fulgurante d’un contrôleur las des batailles. Il est accompagné de vingt-mille cavaliers français en armures étincelantes. Sonnant de l’oliphant, tous crient « Montjoie ! » et viennent frapper violemment le flanc droit des soudards dans une charge mémorable. On assiste alors à différentes scènes sanglantes incluant divers procédés de décapitation particulièrement ingénieux. Mais aucun des braves combattants ne faiblit. Ils gagneront leur place dans ce train au prix de leur vie !

Dans un acte de vaillance, le costaud hurle soudainement et bondit en direction de la troisième marche qui se trouve être la dernière. Il éventre d’un revers de main l’un des plus braves chevaliers français et se saisit de son épée. Octroyant au passage quelques horions, E Durandal s’espee en l’atre main, il la brandit en l’air et bondit à l’intérieur du train, enfonçant d’un revers d’épaule la porte coulissante. Portant le regard de l’homme qui a vaincu sur les différentes places, le sens cuide desver. Chaque siège est occupé par un passager passif, mais près à en découdre … La guerre n’est pas finie !

Hors la loi

Ce matin-là, lorsque Grégoire Orgeat se leva, il était hors de lui. Furieux de cette situation, il tenta pour réintégrer son enveloppe physique de s’octroyer divers horions, mais rien n’y fit. Devant le manque d’évolution de son état, il se résolut à en informer sa femme. Cette dernière, mi-figue mi-raisin, ne put par conséquent lui répondre. Agacé de l’air hautain et sucré de sa femme, Grégoire se rendit chez son banquier en quête d’une aide bienvenue en la situation, mais également d’un prêt pour son projet d’ouverture d’un magasin d’animaux sauvages domestiqués. Mais face au refus net du banquier quant à la seconde demande, Grégoire, déjà hors de lui, monta immédiatement sur ses grands chevaux pour le plus fin déplaisir de son banquier qui ne voyait guère d’un bon œil l’introduction des équidés dans son bureau.

« Sortez d’ici tout de suite ! » lui cria-t-il donc. Grégoire sut alors que son banquier n’était qu’un ours mal léché. Il lui dit par conséquent : « Et bien allez donc vous laver ! »

Mais une fois sorti du bureau, Grégoire commença à broyer du noir ce qui eut évidemment pour conséquence l’arrivée immédiate de la police et son arrestation pour homicide.

« Mais enfin ! J’ai vu rouge ! » plaida Grégoire. Cependant peu importait à la police et au vu de la détermination des agents, Grégoire jugea bon de s’enfuir sur ses chevaux. Il prit donc ses jambes à son cou et les accrocha à son sac. L’immédiate réaction de la police fut bien évidemment une prise de mesures drastiques. Furent ainsi notées les longueurs de six trottoirs, deux passages piétons et trois amphithéâtres qui se trouvaient là par hasard.

Grégoire Orgeat court encore. Oh so long, so long cowboy ! Hors de toi so long, so long cowboy !

Coucher de soleil je vous prie (comme à la fin des Lucky Luke).